18 July
Plus douce que les eaux
« Voici le grand azur... »

Voici au-dessus des murs de lézards et de lierres,
de roses arbres plus doux que ma bien-aimée
n’est douce, mon aimée plus douce que les eaux,
plus douce que l’écorce légère des roseaux.
Voici des abricots sucrés comme sa bouche,
voici sur les platanes le cri aigre des cigales,
et voici la colline où, après les averses douces,
l’arc-en-ciel fleurit comme un grand verger pâle.
Voici des papillons plus papillons que l’azur,
et voici le gazon qui ressemble à l’azur.
Voici une hirondelle et voici un mendiant,
et les rogations qui enchantent par leurs chants.
Voici les ânes doux qui crèvent sous les bâts.
Voici les vieilles fées qui portent dans leur cabas
L’ombre mystérieuse, fraîche et centenaire,
Des baisers échangés à l’ombre des chaumières.
(Extrait) 1897
Francis Jammes,
De l'Angelus de l'aube à l'Angelus du soir
Gallimard, nrf, 2000 (1971), p. 217-218.