6월 29일
L'un à l'autre
Il y a un fil triple,
il faut un fil triple (Ecc 4, 12),
un « fil chaud qui nous relie l’un à l’autre ».
La générosité avec Sôseki :
« J’ai toujours ressenti avec malaise le fait d’exister dans une société aride, d’où la générosité est absente.
Certes, je suis reconnaissant aux autres de s’acquitter de leur devoir envers moi avec compétence. Mais le devoir est synonyme de fidélité au travail, cela ne signifie nullement que l’on considère l’autre en tant qu’être humain. Par conséquent, tout en bénéficiant des effets du devoir et bien que j’en reçoive une forme de satisfaction, il m’est difficile d’éprouver de la reconnaissance pour celui qui n’a fait que se conformer à ce qu’il devait faire. Mais lorsque le devoir s’accompagne de gentillesse, chacune des actions de l’autre n’étant destinées qu’à moi, elles font écho à l’être sensible que je suis. Il y a là un fil chaud qui nous relie l’un à l’autre, et le monde mécanique me devient digne de confiance. Plutôt que de traverser une région en train, n’est-il pas plus émouvant de franchir une rivière peu profonde porté sur les épaules de quelqu’un ? »
Sôseki, Choses dont je me souviens,
Piquier poche, 2005, p. 124.
La fraternité avec Gilgamesh :
« Descendons !
C’est un terrain glissant :
Un seul n’y peut marcher
Mais bien deux !
(…)
Nul ne peut rompre à lui seul
Une cordelette à trois torons »
L’Épopée de Gilgamesh, trad. par Jean Bottéro, p. 118-119.
Gallimard (L’aube des peuples), 1992.
L’amour avec Jankélévitch :
« Heureux ceux qui dans l’amour ont retrouvé la simplicité de l’opération vitale et de la docte innocence ! Perdican déjà s’étonnait : les deux partenaires du duo sont respectivement égoïstes et intéressées, mais l’amour réciproque de ces deux égo, le masculin et le féminin, est un amour désintéressé ! Comment l’amour a-t-il un prix infini, alors que chacun des deux amants est égoïste et médiocre ? Comment le pur fabrique-t-il avec de l’impur ? Fénelon et Bergson avaient tous deux répondu. C’est que l’amour, comme l’évidence insaisissable de la liberté ou de la vitalité, est tout entier dans l’intention (…) ; l’amour est l’influx insaisissable et impalpable qui passe d’un amant à l’autre, mais on le chercherait en vain dans la substance de chaque personne considérée isolément. »
Jankélévitch (*), Les vertus et l'Amour, t. 2, p. 354
Champs Flammarion,1986 (n°164).
(*) Dont on ne dira jamais assez qu'il est «une saine lecture» :-)
PS : Pour Christel qui aime bien Vladimir ;-)