Le Citron's profileLa Framboise et le Citro...PhotosBlogLists Tools Help

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    May 31

    Attendre (1)

     
    Quand un étudiant pénétrait dans une bibliothèque comme celle de Sainte-Geneviève à Paris ou celle du Bouchage à Nice, il lui fallait chercher et trouver une place. Il commandait un livre qui arrivait par un système compliqué de poulies. Je me précipitais souvent en vain. L’ouvrage ne figurait pas dans la cargaison. Une pareille attente n’avait rien de pénible car elle participait à un rituel studieux et nous n’étions pas seuls au milieu des camarades qui avaient la chance d’être assis, qui chuchotaient pour ne pas être rappelés à l’ordre, au milieu de ceux qui allaient et venaient dans l’espoir d’obtenir eux aussi une place. Les rayons regorgeaient d’innombrables ouvrages et le parquet, l’atmosphère respiraient le livre.
    La diffusion d’Internet évitent à certains de nos étudiants de tels désagréments. Ils sont très vite mis en relation avec les documents recherchés. Ils y gagnent, semble-t-il du temps. Est-ce tellement vrai ? Ont-ils seulement pénétré dans la cité de la culture ? Ne se sont-ils pas plutôt fourvoyés dans l’atelier d’une messagerie électronique, demeurant seuls devant leur console au milieu d’autres usagers tout aussi seuls qu’eux ? Dans ces salles blanches, à peine meublées d’appareils technologiques, aux cloisons nues, le monde s’est évanoui avec ses odeurs, sa confuse insistance et sans cette présence qui nous apporte un savoir abstrait, sinon des instruments pour résoudre des problèmes parfois complexes !

    Pierre Sansot, Du bon usage de la lenteur
    Rivages poche / Petite Bibliothèque, 2000 (n°313).

     
     

     
     
    Cette joie de Sally est toujours la mienne. Le plaisir que j'ai à passer une après-midi entière à Beaubourg lorsque je monte à Paris. Nécessité de l'attente. Moins humaine et chaleureuse que celle de Sansot, non dans la bibliothèque mais au dehors, dans la file d'attente qui forme un long serpent sous les tubes et tuyaux bleusverts ou rouges du centre Pompidou. 
    Plaisir redoublé lorsque Françoise m'accompagne ou me rejoint. Joie de travailler et de lire ensemble, de partager nos découvertes, nos surprises et nos réflexions. Je vais chercher des livres, je reviens. Ecoute ça. Je vais faire des photocopies. Je viens t'aider. C'est une bonne idée. On va manger un petit bout? Oh, il faut que je absolument recopie ça. Tu veux un peu d'eau? Prends mon stylo. Arggg, mais comment peut-il être déjà 21h45 ? On reviendra dis, on reviendra, s'il-te-plaît ? mais oui, on reviendra mon  coeur.
    May 29

    Donner

    Poursuivant (et poursuivi par) la même pensée qu'hier, une citation de Plutarque que je découvre ce matin :
    Car dans le mariage, aimer est un bien plus précieux qu'être aimé : il détourne de bien des erreurs, et surtout de toutes celles qui corrompent et gâtent le mariage.

    Plutarque, Dialogue sur l'Amour [769 D-E]
    GF Flammarion, 2005.

     
    Ce sera bien assez pour aujourd'hui si l'on garde et pratique ce plus grand bonheur qui consiste à donner plutôt qu'à recevoir (Ac 20, 35).
    May 28

    Je réveillerai l'aurore...

     
    Dimanche matin, à la fenêtre, une dizaine d'oiseaux en V traversent le ciel bleu. Il fait beau. Enfin.
    Levé aux aurores, bien avant l'heure habituelle, j'en profite pour méditer et préparer le culte auquel je vais me rendre d'ici une heure. 
    Au cours de ces derniers jours, parmi les pensées qui mûrissent, il y a le commandement d'amour du prochain de Lévitique 19...
     

     
    ... et donc cette question-piège (ou hypocrite, choisissez) «qui est mon prochain ?», à laquelle Jésus refuse de répondre dans la parabole du Bon Samaritain (Luc 10), renvoyant le questionneur à sa propre (et unique) responsabilité : «Va, et toi aussi, fais de même».
    Ne rien attendre du prochain mais être soi-même ce prochain — et ne surtout pas s'illusionner à propos d'un être mensonger qui n'impliquerait aucun faire.
     

     
    Quel rapport, me direz-vous, avec un blog sur «Elle et lui» qui se préparent à vous recevoir tout en se préparant à vivre ensemble ?
    C'est que derrière le «Toi et moi» de l'auteur de ce blog et de son lecteur ou le «Toi et moi» du citron et de la framboise, plus généralement, se manifeste le «Je et Tu» au coeur de le vie de l'homme et de son prochain comme de l'homme et de son «aide en vis-à-vis» (Gn 3, 18) :
    Lorsque, placé en face d'un homme qui est mon Tu, je lui dis le mot fondamental Je-Tu, il n'est plus une chose entre les choses, il ne se compose pas de choses.
    Il n'est pas Il ou Elle, limité par d'autres Ils ou Elles, un point détaché de l'espace et du temps fixé dans le réseau de l'univers. (...) Mais sans voisins, et hors de toute connexion, il est le Tu et il remplit l'horizon. Non qu'il n'existe rien en dehors de lui ; mais toutes les choses vivent dans sa lumière. (...)
     
    C'est par grâce que le Tu vient à moi ; ce n'est pas en le cherchant qu'on le trouve. Mais lui adresser le mot fondamental, c'est l'acte de mon être, c'est mon acte essentiel.
    Le Tu vient à ma rencontre. Mais c'est moi qui entre en relation immédiate avec lui. Ainsi il y a dans cette rencontre celui qui élit et lui qui est élu, c'est une rencontre à la fois active et passive. [Aussi] le mot fondamental Je-Tu ne peut être dit que par la totalité de l'être.
     
    Ce n'est pas moi qui peux opérer cette concentration, cette fusion de tout mon être, mais elle ne peut se faire sans moi. Je m'accomplis au contact du Tu, je deviens Je en disant Tu.
     
    Toute vie véritable est rencontre.

    Martin Buber, Je et Tu (1923)
    Aubier (Bibliothèque philosophique), 1969.

     
    Dès lors, il n'y a que des tordus qui penseraient se servir de cette aide qui nous est donnée pour vivre ; alors qu'il nous revient de la servir afin de réellement vivre :
     

     
    Et Dieu sait qu'ils sont nombreux...
    Il doit même savoir que nous en faisons partie ;-)
     
    Il me faut y aller maintenant, chanter, le coeur tourné vers Dieu, avec la joie d'un arbre rempli d'oiseaux, et la reconnaissance de ces mêmes oiseaux qui ne sèment ni ne moissonnent mais volent en V dans le ciel bleu.
    Car j'étais perdu et Il m'a trouvé.
    J'étais seul et Il m'a donné une aide en vis-à-vis à aimer et servir :-)
     
    May 26

    L'été en gloire

     

    «Ce que je veux pouvoir dire» lorsque l'hiver sera là, mais également «ce que je dirai» — car cela a déjà commencé — est déjà visible.

     
    Dans les après-midi très chaude des très longs étés
    calme campagne du dimanche           repos qui croisait les mains
    il y avait constamment au lointain
    des rumeurs de cloches et de bourdons           des caracoles de carillons
    On disait           Ça vient d'Aulnay-sur-Mersenne
    ou bien           C'est le sonneur de Vergnes qui s'envole
    et quand un clôcher s'arrêtait           un autre plus loin dans la plaine reprenait sa chanson d'enclume qui aurait un verre dans le nez           et l'ivresse tintinnabulante
    (...)
    Ma vie avec toi est pareille à ces campagnes ailées de cloches à pleines volées          Ensemble nous avons traversé de grands          silences de
    neige sur la plaine          et les bourrasque de l'automne          et les longues pluies froides des printemps acides          et          les soirs d'hiver aux joues mouillées (est-ce de pluie ou de mélancolie?)
    Mais quand je me retourne et reviens sur nos pas
    comme les visiteurs du musée qui perdent exprès le groupe et sèment le guide-surveillant pour pouvoir flâner un peu          seuls
    et revoir sans personne ce que la visite accompagnée
    a enfin laissé derrière elle          quand je remonte avec toi
    les chemins où nous nous sommes donné la main
    soudain c'est l'été en gloire          plein de grillons et de moucherons
    Et comme les cloches dans le ciel très bleu où glissent
    de gros cumulus blancs rebondis         comme les cloches qui jouent à saute-mouton avec les échos et la canicule
    j'entends nos rires qui se croisent et se font des niches
    Nous aurons beaucoup ri          nous deux ensemble
    ri sans autre raison qu'avoir raison de rire
    Légères cloches rieuses des dimanches de la vie
    étincelles de sagesse          savoir modeste qui va pieds nus
    entre musique et carillon          entre tendresse et dérision          entre pitié et ironie

    Le Haut-Bout
    Vendredi 15 avril 1983

    Claude Roy, « Lettre à Loleh sur les cloches et sur le rire »,
    in A la lisière du temps, Gallimard, 1984.

     
    «Nous deux ensemble»...
    Trois années après le recueil sublime d'A la lisière du temps, Claude Roy ouvre celui de Voyage d'automne par un poème qui approfondit ce «Nous deux» qui n'est ni l'aigle solitaire à deux têtes ni le dragon méprisant à deux têtes.
     
    Nous deux
    quelquefois un
    Les deux doigts de la flamme
    Deux c'est ton ombre et moi
    Un          c'est le rire ensemble
    Ma transparente et mon ombreuse
    voix lisse et nue          A marée basse
    une frange d'eau qui chuchote
     
    Nous deux
    quelquefois un
    Les deux pieds nus du vent
    Deux          L'eau          Le bruit de l'eau
    Rêver          Se taire ensemble

    Le ciel mangé de jour
    qui n'a qu'un seul regard
    Quelquefois un          Nous deux

    Paris
    30 décembre 1965
    Venise
    24 novembre 1985

    Claude Roy, « Nous deux quelquefois un »,
    in A la lisière du temps, Gallimard, 1987.

     
    Vérité du poète : deux lieux bien distincts (Paris et Venise) pour écrire un poème, pour décrire le couple. 

    May 25

    Pauvre citron !

     
    Hier soir, je suis allé voir la très belle représentation de l'atelier théâtre du collège Bertan de Born. Il y a deux ou trois semaines, c'etait celle du lycée (tout aussi forte). Les deux ateliers sont dirigés par deux collègues et amis, Jean-Christophe et Odile.
     
    Jean-Christophe, c'est l'ami cher qui incarne pour moi, avec Nathalie, sa chère et tendre, la ville de Périgueux.
    Ils ont su m'accueillir et m'entourer lorsque je suis arrivé sur la ville. La surprise lorsque je retrouvai ce professeur de français qui m'avait dit bonjour le mardi en chanteur dans la chorale de mon église le dimanche suivant ;-)
     
    Depuis 4 ans, je ne manque aucune des représentations de l'atelier théâtre en fin d'année scolaire. Hier, les collégiens s'en sont donné à coeur joie puisque la pièce avait les injures comme sujets. mais je ne comprends toujours pas pourquoi "pauvre citron" entrait dans la famille des "bovidé", "bavasse", et autre "emmerdeur" ;-)
     
     
    Nous avons terminé la soirée en allant fêter le travail de JC au Clos St Front, un très joli restaurant dans le vieux Périgueux. Virginie, la soeur de JC spécialiste en discrètes pitreries, faisait rire aux éclats Christiane et Nathalie; et moi, j'étais heureux de partager ces quelques trop rares moments d'amitié avec eux. Retour dans le frais de la nuit avec JC, fatigué, à mes côtés. Lui et Odile méritent de se reposer pour tout le  beau travail fourni.
     
    En relisant quelques strips des Peanuts ce matin, je tombe sur un qui aurait très bien pu illustrer l'affiche de la représentation :
     

     
    May 11

    « Tu es un gros cachotier, toi ! »

    « Tu es un gros cachotier, toi ! »
    Voilà ce que me disait Sylvie lorsque je lui téléphonais hier pour lui donner des nouvelles et l'inviter au mariage
    Tout ce que je trouvai à répondre c'est un classique « Qui a dit "gros"?... Un peu "enveloppé" là et là, mais "gros"... » :-)
    Que dire d'autre. Que je vais faire attention à moi et un peu plus de vélo d'appartement? Mais j'ai déjà commencé! Le costume de mariage retenu, il faut que je maintienne ma ligne ;-)
     
    Sylvie, n'est pas la seule à n'avoir eu que peu d'information ces dernières années. A l'instar de ce cher Obélix, l'amour doit avoir le don de me rendre muet et rêveur! 

    La vérité, c'est que nous avons peu souvent l'occasion de nous parler ou de nous voir. Elle dans la lointaine banlieue toulousaine et moi à Périgueux. L'autre vérité, c'est le sourrire qui est toujours là, sur nos lèvres, à chaque fois que nous nous téléphonons.
    Dans le bois de Bouconne, avec Philippe, elle goûte enfin une vie douce et reposante. Elle s'étonnerait presque de ce bonheur quotidien. Elle s'en excuse d'ailleurs plusieurs fois en me répètant qu'«il n'y a rien de neuf ces derniers temps»  de son côté. 
    Ce que je lui réponds la fait rire. Elle me demande de le mettre en ligne. Je m'exécute avec cette «Spéciale dédicace à Sylvie de la Forêt» :  
    « C'est l'héroïsme du quotidien que de faire du neuf avec du vieux. »
    A défaut d'avoir rien inventé, je le pense vraiment. Faire d'une journée non pas une autre journée mais une journée pour aimer et servir. Non pas recommencer mais continuer. Reconnaître la valeur du jour donné et vivre. Reconnaissant et responsable. Res-sposare... Amoureux des choses offertes comme des choses confiées. Désireux de les épouser, les petites comme les grandes.   
    « J'ai des choses à faire, ajouta [Tom],
    ma composition et mon chant,
    mes discours et ma promenade,
    et ma surveillance du pays.
    Tom ne peut pas toujours être dans les environs pour ouvrir les portes et les fentes des saules.
    Tom a sa maison à soigner, et Baie d'Or attend. »

    Le Seigneur des anneaux, I.8, p. 167.

     
    Ta-daaaamm...

    ... la voici, Françoise, ma-Baie-d'Or-et-ma-framboise-à-la-fois,
    «l'arc-en-ciel de mon coeur»  :-)
    (L'été dernier, août 2005, sur une colline de Greenwich)
     

    Oui, parce qu'il faut que je vous dise : Françoise est plus londonienne que la plupart des londoniennes... c'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles elle aime Paris : pour la Gare du Nord et son Eurostar. Je me dis que j'ai bien de la chance de n'avoir pas erré "en vrac" comme Xavier pour trouver ma Wendy :-)

    May 04

    Au fil de l'eau

           Lorsque Frodo découvre Baie d'Or sous le toit de Bombadil (Qui ne connaît aujourd'hui l'affection que je porte à l'oeuvre de Tolkien ?), il prononce des paroles que je reprends souvent, dans le secret de mon coeur ou sur mes lèvres murmurantes, en pensant à ma-baie-d'or-et-ma-framboise-à-la-fois :
    « Belle dame Baie d’Or ! (…) À présent, la joie cachée dans les chants (…) m’est rendue claire. (…)
    O toi, roseau pris du vivant étang ! Belle fille de la rivière !
    O toi, printemps et été, et de nouveau printemps après !
    O toi, vent sur la cascade et rire des feuilles ! »

    Le Seigneur des anneaux, I.7 « Chez Tom Bombadil »,

    Bourgois, éd. du Centenaire, p. 146.

     
           J'aime renverser les images renversées de Frodo, et voir en elle «le rire de la cascade» et «le vent dans les feuilles».

           Je pousse la déformation et ose la rêver comme «le vent dans mes feuilles». Car cette image où le ciel répond à l'arbre qui l'appelle évoque en moi à la fois le calme et la joie.
           Un bonheur profondément enraciné en moi, associé à la voix bruissante des peupliers de la ferme familiale ce lieu que j'appelle encore «chez mamie» bien que ce soit Marc, mon oncle, qui en soit le propriétaire , cette ferme entre Gimont et Lahas (Gers) où j'ai passé quasiment toutes mes vacances d'enfant et d'adoslescent.
          Alors, les rayons du soleil d'été entraient, à travers les volets mi-clos,  dans la chambre de Mané où je passais des heures à lire, enfoncé dans le fauteuil, ou à dessiner, sur la petite table de bois. Dehors, au bas de la colline, dans la chaleur de l'après-midi comme dans la fraîcheur du soir, les peupliers chantaient.
      
            Les peupliers de mon souvenir sont toujours là; fidèles gardiens, ils entourent encore le petit étang où j'allais attraper des grenouilles. Je les retrouve un peu dans les trois peupliers de Monet (1887).

           Le même Monet des Nymphéas.

           Nénuphars et jardin de Giverny chers à Monet qui continuent d'inspirer les coeurs comme celui de Diane Burko, venue sur les lieux du maître et repartie avec des toiles transformées en trésors (ainsi Nympheas 1).
    Il est un autre maître qui aime les nénuphars :
    Tom (...) poursuivit d'une voix douce et chantante:
    « J'avais à faire par là : cueillir des lis d'eau, des feuilles et de blancs lis pour le plaisir de ma jolie dame, les derniers avant la fin de l'année, pour les préserver de l'hiver, pour qu'ils fleurissent près de ses jolis pieds avant que les neiges ne soient fondues.
    Chaque anné, à la fin de l'été, je vais les chercher pour elle, dans un grand étang profond et clair, loin en aval du Tournesaules; là, ils s'ouvrent les premiers au printemps et là, ils durent le plus longtemps. Près de cet étang, jadis, j'ai trouvé la fille de la Rivière, la belle jeune Baie d'Or, assise dans les joncs.
    Doux était son chant, et son coeur battait! »

    Le Seigneur des anneaux, I.7, p. 148.

     

    Dans la série "Rendons à César.." : les nymphéas blancs sont tirés d'un blog de photographie numérique. Mon père, d'origine berbère et marocaine, serait fier de savoir que la photo des nymphéas roses a été prise à Rabat :-) tandis que celle des nymphéas bleu vient du Tchad